comment évacuer la colère

La bête en elle hurle. C'est au bord, ça a envie de sortir. Pas joli d'ailleurs, elle le sent. De la colère, une envie de frapper, de hurler à l'injustice, de crier fort toute cette émotion refoulée. Ça travaille en elle comme dans une cocotte minute. Jusqu'à présent, la soupape a bien tenu, elle a fait son travail.

Elle s'est fait croire que tout allait bien, qu'elle avait tout bien encaissé et digéré. Balivernes ! Au fond d'elle, ça hurle à l'injustice. Le volcan gronde, elle a peur de l'explosion ! Un volcan, quand ça explose, ça éclabousse, ça peut brûler ! Et quand la lave se met à couler, ça dévale inexorablement la montagne en détruisant tout sur son passage. Le nettoyage par le feu. Mais oui, c'est ce dont elle a besoin. Elle va s'éloigner pour que ça n'éclabousse personne.

Dans la forêt, accrochée à un arbre bien enraciné, un bon gros arbre bien solide, elle se met à danser. Elle lui tourne autour. D'abord, c'est assez tranquille, elle prend contact avec le contenu de la cocotte minute. Ça bout en elle, elle sent tellement bien toute cette colère qui doit lui faire du mal. C'est toxique, ça pourrait bien se transformer en quelque chose de pas joli. Comment, depuis toutes ses années, son corps physique a-t-il pu gérer tout cela ? Il a peut-être stigmatisé. Et comment ? Le cancer n'est-il pas la maladie de la colère et de la haine refoulée !

Mais heureusement aujourd'hui, la capsule a explosé. La couche d'hypocrisie a été traversée, hypocrisie envers soi-même, l'égo si malin qui lui a fait le coup de "tu es évoluée ma grande, tu as déjà dépassé tout cela, c'est bon pour les débutants en développement personnel, tu as pardonné aux autres, tu t'es pardonnée !"

Foutaises, la colère est là, bien présente, heureuse qu'on l'écoute enfin !

Elle continue de danser autour de son arbre ! Ça gronde ! Ça gronde encore ! Ça gronde de plus en plus fort. C'est la jeune mère qui est là ! Elle vient de s'enfuir avec deux petites filles et deux valises ! Un cri, long, très long, sort du fond de ses tripes.

Aaahhh ! Toute l'injustice, toute la colère, toute l'impuissance ! Comment elle va s'en sortir, toute seule ! De plus, elle a peur, peur du père qui pourrait l'attendre au coin d'une rue, un soir, pour la frapper, c'est sa manière à lui de montrer qu'il souffre !

Aaahhh ! Elle continue sa danse, elle gesticule, frappe le sol de ses pieds, fend l'air de ses mains dans des mouvements qui semblent incontrôlés ! Elle hurle, comme une louve, elle hurle sa colère, sa souffrance !

Aaahhh ! Ça continue... Le film se déroule, toute la froideur, toute la détermination, mais aussi cette incapacité d'aimer ! "Je ne savais pas comment faire, je ne savais pas aimer, j'étais détruite ! Je ne pouvais pas donner ce que je n'avais pas !" Un pas, encore, et encore, elle tourne autour de son arbre, elle a besoin de sa force.

Aaahhh ! Encore, elle hurle sa douleur de mère, de celle qu'elle n'a pas pu être, elle voudrait pouvoir recommencer ! Aujourd'hui, elle saurait mieux aimer ! Elle ose l'espérer, espérer que toute sa douleur aura servi à l'apprendre !

Aahh ! L'intensité diminue... elle se calme ! Elle se couche en chien de fusil, ramassée sur elle-même, sur le côté et les jambes ramenées vers le menton. Elle pleure toutes les larmes de son corps, elle pleure longtemps !

Puis elle se lève et entoure l'arbre de ses deux bras, pour se brancher à la terre par ses racines, pour recevoir de sa force.

Elle est là, reliée à ce qui est, libérée ! Elle est en vie ! La vie est belle !

Christiane Kolly - 14 février 2014